Au cœur de Marseille, le Cours Julien s’impose comme le “quartier des créateurs”. Fresques colorées, ateliers et cafés donnent une impression de vitalité. Cet équilibre reste fragile.
Comment l’art, moteur de sa renaissance, peut-il devenir la victime d’une gentrification qui redessine peu à peu son identité ?
Symbole de vitalité culturelle, le Cours Julien est devenu une marque en soi : “quartier des créateurs”. Il est moteur de l’attractivité, tout en risquant d’en devenir la première victime.
Cours Julien Marseille : De la friche à la scène culturelle

Le Cours Julien n’a pas toujours eu l’image vibrante qu’on lui connaît. Dans les années 1980, ce quartier central de Marseille souffrait de friches et d’un commerce en déclin. Des artistes, des libraires indépendants et des acteurs culturels s’y son installés progressivement.
Le street-art a renforcé cette renaissance.Une étude de la revue Méditerranée (OpenEdition, 2023) souligne le rôle du street art. Fresques et graffitis ont marqué l’identité visuelle du lieu. Le quartier s’est transformé en galerie à ciel ouvert.
Ce renouveau a permis de repositionner le Cours Julien comme un lieu incontournable de la vie culturelle marseillaise.
Cours Julien Marseille et Le label “quartier des créateurs”

De cette dynamique est né le label “quartier des créateurs”. Aujourd’hui la ville et l »office de tourisme s’appuient sur ce label pour renforcer l’attractivité du quartier. Ekonature — café, boutique et studio réunis (Made in Marseille, 2023) illustre bien ces lieux hybrides. Il incarne une image d’innovation et de diversité créative.
Ce branding urbain séduit. Il interroge déjà sur ses effets pervers. En valorisant le quartier par son image, ne l’expose t »on pas aux logiques de marché qui dépassent ses acteurs culturels?
L’art victime de la transformation

La visibilité du Cours Julien attire aujourd’hui investisseurs et nouveaux habitants plus aisés. L’Observatoire de la Culture (2023) relève une hausse sensible des loyers dans les quartiers centraux de Marseille,
Cette évolution fragilise la mixité sociale et pèse sur les ateliers et commerces indépendants. Pour des collectifs locaux, le paradoxe est clair : les acteurs qui ont construit l’identité du quartier pourraient en être chassés.
Dans un article de Lundi.am (2025), des habitants alertent sur l’impact des locations touristiques,. Elles raréfient l’offre résidentielle et alimentent la spéculation. Plusieurs commerces historiques, comme des librairies ou disquaires ont déjà femé.
Ils ont laissé place à des bars et restaurants plus lucratifs, illustrant la tension entre vitalité économique et authenticité.
Entre valorisation institutionnelle et résistances locales

Quand l’art devient outil de promotion
Le succès du Cours Julien a conduit les institutions à s’approprier son image.
La mairie et l’office de tourisme valorisent les fresques comme emblèmes du dynamisme culturel marseillais. Certaines initiatives artistiques bénéficient aujourd’hui de financements publics.
Ce passage de l’art « alternatif » à lart « institutionnalisé » nourrit un débat. L’énergie créative autrefois spontanée et subversive, risque t’elle de devenir une simple vitrine économique?
Initiatives citoyennes et défense d’un esprit populaire
Face à ces évolutions, des habitants et collectifs se mobilisent. Leur objectif est de préserver l’accéssibilité et l’esprit populaire du quartier. Ateliers mutualisés, tiers-lieux, projets collaboratifs cherchent à préserver une place pour la création hors des logiques marchandes.
Ces iniitiatives expiment une volonté de résister à la normalisation. Elles cherchent à maintenir vivante une dimension alternative au coeur de l’identité du Cours Julien.
Un équilibre fragile

Le Cours Julien résume bien le paradoxe des « quartiers créatifs ». L’art attire, valorise, transforme, mais il se retrouve menacé par ce même mouvement. A Marseille, le processus continue.
Reste une interrogation: Le Cours Julien peut-il rester un lieu de création et de mixité tout en devenant une vitrine de l’attractivité marseillaise ?
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